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L’épopée viking : zoom sur l’Irlande !11 min read

Si le mot « Viking » vous intrigue et vous laisse imaginer des troupes assoiffées de pouvoir, de richesses, d’aventures et de conquêtes, celui-ci évoque également une grande période de troubles en Irlande, depuis le premier raid viking en 795 jusqu’au début de l’invasion normande en 1169. 

Et, effectivement, cette image associée au mot « Viking » est finalement loin d’être démesurée !

THE IRISH THEORY aborde aujourd’hui ce pan houleux de l’histoire irlandaise…

Qu’est-ce qu’un viking ?

Les vikings sont des guerriers scandinaves actifs sur une période allant du 8ème au 11ème siècle. Commerçants de longue date et explorateurs, ils deviennent, à cause de la conjoncture, de cruels pillards.

Le mot « viking » apparaît pour la première fois, en vieil islandais, dans l’expression « fara i vikingu » qui signifie « partir en maraude, en piraterie ». De cette expression découle la forme masculine « vikingr » qui se traduit par « pirate ». 

Pour désigner les vikings, les chroniques franques, rédigées en latin, utilisent des termes tels que « Nortmanni » (Normands) ou « Pagani » (Païens). Cependant, en irlandais, les textes parlent de « Gall » (Etrangers).

Les navires vikings 

Véritables hommes de la mer, les vikings se déplaçaient principalement en bateau avec une architecture propre : proue et poupe relevées, coque à clins (bordages de la coque similaires aux ardoises d’un toit). 

La coque est souple, les membrures sont fixées au bordé par des chevilles, des lacets de cuir ou des liens en osier, ce qui contribue à la robustesse du navire. La vitesse pouvait dépasser les 10 noeuds (+/- 18 km/h) et les bateaux vikings, relativement légers, pouvaient être tirés sur la berge très rapidement.

On parle majoritairement de « drakkar », terme barbare créé au 19ème siècle et inspiré du mot « dragon », tandis que les navires de guerre sont nommés « langskip » ou « snekkja ».

Le bateau d’Oseberg, construit entre 815 et 820 et découvert près de la ferme Oseberg, dans la région de Tønsberg, dans le Vestfold, en Norvège, est un spécimen bien conservé. Long de 22 mètres, ce magnifique bateau est exposé dans le musée des Bateaux vikings à Oslo, la capitale norvégienne.

Sólfar,  » le Voyageur du Soleil « , sculpture d’acier au bord de la baie de Reykjavik, oeuvre de Jón Gunnar Árnason, qui évoque clairement un navire de guerre de l’époque viking

Les armes principales

Le bouclier

Fabriqué en bois de sapin, pin ou saule et généralement recouvert de cuir brut de veau ou d’agneau ou de tissu, le bouclier viking est de forme circulaire et se tient par une poignée en fer (manipule).
Le bord du bouclier pouvait être recouvert de cuir ou laissé à nu.
Son poids ne dépassait pas les 6 kg, son diamètre faisait entre 70 à 90 cm et son épaisseur, entre 4 et 30 mm. Il avait une fonction défensive et pouvait également servir en combat de groupe et en combat individuel.

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Le casque

Le matériau utilisé pour la fabrication des casques est le fer.
Le casque est généralement en forme de bol, représenté avec un nasal. Certains casques disposaient d’une protection supplémentaire : des plaques métalliques fixées à la partie en forme de bol.
Les guerriers puissants, tels que les chefs ou rois, portaient un casque en métal.

L’image du « casque à cornes » est apparue au 19ème siècle, mais celui-ci n’a, pour ainsi dire, jamais été porté par un viking.

La lance

La lance est constituée d’une lame de fer fixée sur un manche en bois.
Celle-ci était utilisée comme arme de jet.

L’épée

Les épées vikings, richement décorées (or, argent), sont généralement à double tranchant. Parfois, les guerriers utilisaient des épées à un seul tranchant. Elles mesurent généralement jusqu’à 80 cm de longueur et 6 cm de largeur et son poids n’excède pas 2 kg.
Il s’agissait d’une arme précieuse car son matériau était très cher.

Le scramasaxe

Cette épée à lame courte et à un seul tranchant mesure jusqu’à 1 m de long et était généralement portée à la ceinture.

La hache de combat

Celle-ci, disposant d’un plus grand tranchant, pouvait être utilisée à la place de l’épée. Certains vikings opulents possédaient des fers de hache décorés en or et en argent.

Un peu d’histoire…
L’Irlande avant l’invasion viking

Souvenez-vous…
La christianisation de l’île d’Irlande a débuté au 5ème siècle.
Presque totalement christianisée, l’île d’Emeraude est une terre de culture gaélique, divisée entre de nombreuses dynasties, entre autres : Les Uí Néill du Nord (au nord-ouest), les Cenél Conaill (à l’ouest) et les Cenél nEogain (à l’est) qui s’étendront plus tard vers le sud et l’est, et les Uí Néill du Sud.
Les provinces de Leinster, Munster et Connacht, elles aussi, disposent de dynasties dominantes.

Rock of Cashel, lieu emblématique de l’histoire du christianisme en Irlande, où Saint-Patrick* aurait présenté au roi Aengus le trèfle, symbole de la Sainte-Trinité.

L’invasion viking à la fin du 8ème siècle

En 795, l’île Lambay, au nord-ouest de Dublin, dans le comté de Fingal, voit débarquer le premier raid viking de l’histoire irlandaise. C’est le début des pillages par ces personnages, en soif de richesses et en recherche d’une contrée nouvelle.
En 823, les îles Skellig sont également assiégées par les vikings.

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La stratégie est assez limpide : les vikings attaquent les côtes de l’île d’Irlande et fondent des camps permanents, les longphoirt, avant d’envahir, de plus en plus nombreux, l’intérieur des terres, en remontant les fleuves Shannon, Boyne ou la Liffey. 

En 841, Anagassan voit s’ériger sa première forteresse norvégienne, à l’embouchure de la Liffey.
Cette même année sera marquée par la naissance de Dublin.

L’expansion de ces « êtres sauvages » sur les terres dérange fortement les Irlandais. Ces derniers essayent de les repousser, mais l’île n’est pas pourvue d’une défense centralisée et, durant des années, les vikings, guerriers aguerris, combattent les Irlandais sans relâche.

C’est en 845 que le roi de Mide, Mael Sechnaill, fraîchement arrivé au pouvoir, capture le viking Thorgils, connu pour son invasion de la communauté rurale de Dublin, et le fait noyer dans le Lough Owel.

En 853, Olaf Guthfrithsson (dit Olaf le Blanc), roi viking, arrive en Irlande et règne sur Dublin jusqu’en 871. Avec son frère, Ivarr, il lance des offensives sur les rives de la mer d’Irlande et s’allie même avec des rois irlandais, s’insurgeant alors contre d’autres. Après sa mort, et après celle de son frère 2 ans plus tard, commence une période troublée pour les Vikings de Dublin qui luttent incessamment. La ville de Dublin, conquise par les rois irlandais, Mael Finnia mac Flannacán, roi de Brega, et Cerball mac Muiricán, roi de Leinster, est abandonnée par les Scandinaves de 902 à 917.

Après avoir quitté Dublin, les « descendants d’Ivarr » s’investissent davantage et règnent en mer d’Irlande. L’un d’eux, Sigtryggr Caoch, assiège Waterford par une flotte viking en provenance de Bretagne avant de reprendre Dublin en 917. Il devient roi de Dublin jusqu’en 920.
Un autre, Ragnall, attaque les vikings de Waterford et souhaite conquérir le royaume viking d’York, en Grande-Bretagne.

Les premiers rois de Dublin sont victorieux face aux Irlandais : le roi Niall Glundub est tué en 919 lors de la défaite irlandaise devant les vikings de Dublin. Son fils, Muirchertach mac Neill, est à l’origine de nombreuses défaites des offensives des « descendants d’Ivarr ».

C’est finalement en 980 que le haut-roi Mael Sechnaill mac Domnaill crie victoire à Tara devant les vikings de Dublin. Son triomphe écrasant l’amène à poursuivre les vaincus jusqu’à Dublin et les oblige à libérer les otages irlandais. Mael Sechnaill est définitivement reconnu comme un libérateur du pouvoir viking en Irlande.

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L’arrivée de Brian Boru

Brian Boru* est un personnage ambitieux qui désire fermement être le Roi Suprême de l’île et qui veut, à cet effet, mettre fin à la colonisation massive des vikings. Il défie alors, en 977, le roi scandinave, Ivar de Limerick, et, victorieux, devient roi du Munster.

Dès 997, Brian Boru s’attaque au roi de Tara, Mael Seachlainn II Mór.

En 999, Brian Boru est témoin d’une révolte des vikings et y met fin lors de la bataille de Glenn Màma. Il s’agit d’un coup dur pour les vikings.
Ceux-ci le considèrent alors comme un personnage indésirable et une menace pesante envers leur suprématie.

En 1003, le roi de Tara, Mael Seachlainn II Mór, se rend après des années de batailles et Brian Boru, fort de par la taille de ses armées, devient le Roi Suprême d’Irlande.

Il est finalement tué durant la bataille de Clontarf en 1014 et Mael Sechnaill redevient haut-roi après sa mort. Dans les annales irlandaises, ses successeurs ont suivi l’exemple du roi Brian Boru, tentant de s’emparer du titre de roi par la force. 

L’influence sur la culture irlandaise

Aujourd’hui, la culture irlandaise est fortement marquée par cette époque et de nombreux vestiges en témoignent sur l’île : la tour Reginald, à Waterford, où sont exposés des trésors vikings, la grotte de Dunmore, dans le comté de Kilkenny, où des os trouvés dans les cavités sont les preuves d’un sombre massacre viking ou encore Wexford, ville aux influences scandinaves et normandes…

Et dans les médias ?

Si le sujet vous intéresse, jetez un petit coup d’oeil à la série canado-irlandaise « Vikings », dont les 5 premières saisons sont disponibles sur Netflix depuis le 1er février 2020. Celle-ci raconte l’histoire de Ragnar Lothbrok, viking d’origine norvégienne et suédoise, rebelle et auteur des premiers raids vikings en terres celtiques ou chrétiennes.

On en parle aussi par ici…

* Si vous souhaitez en savoir plus sur les symboles relatifs à Saint-Patrick et le roi Brian Boru, mentionnés dans cet article, n’hésitez pas à consulter l’article suivant : https://theirishtheory.com/ces-symboles-qui-evoquent-lirlande/ !

3 réponses sur « L’épopée viking : zoom sur l’Irlande !11 min read »

Merci beaucoup, Bertrand, c’est gentil ! Bientôt encore davantage d’articles sur le site, ne t’inquiète pas ! 😉

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