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Entretien avec Laurence HELAILI-CHAPUIS, conseillère consulaire en Irlande !10 min read

Laurence Helaili-Chapuis s’est installée en famille en Irlande il y a plusieurs années. Conseillère consulaire, elle s’est engagée fermement auprès des français expatriés en Irlande et travaille sur de nombreux sujets avec une grande ardeur : la lutte contre le mal logement et contre la précarisation qui en découle, les actions en faveur de l’apprentissage, l’emploi, l’entreprenariat en Irlande, la question environnementale, l’aide apportée aux mères célibataires, les actions en prévision du Brexit…
Quand elle a du temps libre, cette passionnée d’équitation se rend à Bantry, dans le West Cork, pour pratiquer cette activité.
Un quotidien mouvementé et très actif.
Elle nous raconte…

Durant ces 2000 jours de mandat, vous avez montré combien votre engagement pour les français expatriés est infaillible.
Quelle est votre motivation au quotidien ?

Laurence Helaili-Chapuis : « 2000 jours, c’est très court et c’est très long en même temps. J’ai surtout veillé à ne pas m’essouffler, à bien m’organiser et à m’entourer de personnes de tous horizons qui ont eu, à un moment, un peu de temps à m’accorder pour m’aider et faire avancer mes dossiers.
Ce sont d’eux que je puise ma motivation au quotidien, nous avons une communauté française très active !
J’ai aussi pu notamment compter sur le travail des Consuls Honoraires, parfois sur des représentants d’autres communautés, et bien sûr, sur le Sénateur, Olivier Cadic. 

Laurence Helaili-Chapuis, avec le Sénateur, Olivier Cadic, et Claire Nevis, lors de la campagne  » Together for Yes «

J’ai pris le temps de travailler sur des dossiers de long cours dont l’issue était incertaine. C’était par exemple le cas quand je travaillais sur le dossier épineux de la sécurité des femmes durant la grossesse, bien avant le référendum dépénalisant l’avortement.

J’ai pris le temps de me focaliser sur le travail que j’ai eu à effectuer. 

Mes enfants ont grandi au rythme de mes sujets de travail.
Ils connaissent de nombreux dossiers que j’ai traités sur le bout des doigts.
Il n’est pas rare qu’ils aient dû prêter leurs chambres quelques jours à des français qui ont connu des déconvenues en Irlande. Ils ont été aussi malheureusement invectivés par des pro-life lors du référendum, sur le chemin de l’école et en bas de notre maison. Mais jamais, ils n’ont pensé que je devais renoncer. Ce sont mes principaux supporters et si je faiblis, ils me rappellent à l’ordre !

Mon fils ainé (15 ans), autant touché par les difficultés que rencontrent les français à intégrer des universités sélectives irlandaises qu’amoureux du système éducatif irlandais, a conçu une application mobile pour les y aider.
Il a reçu de nombreux soutiens pour l’aider à diffuser cette application.

Je voudrais ajouter que l’Irlande est un pays proche de la France, ce qui ne doit pas faire oublier qu’il est très différent de par son fonctionnement.
Comme je le dis souvent, un Irlandais, ce n’est pas un Français qui s’exprime en anglais. C’est pourquoi j’insiste toujours sur le fait qu’une installation en Irlande se prépare sérieusement et qu’il est impératif que les français s’inscrivent sur la Liste Consulaire.

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Enfin, en cas de difficulté, il ne faut pas hésiter à me contacter dès le début, sans attendre d’être dans une situation inextricable. »

Vous avez mené d’innombrables projets durant votre mandat. Est-ce que certains d’entre eux vous ont particulièrement touchée ?

Laurence Helaili-Chapuis: « Tous les dossiers que j’ai eu dans les mains m’ont touchée. Quand vous connaissez vos dossiers et les gens qui sont impliqués, vous découvrez de nombreuses choses qui vous émeuvent: des situations, des parcours de vie, de belles histoires et, bien malheureusement, des histoires terribles aussi.

Je me souviens d’avoir insisté pour que l’ancien président français, en visite en Irlande, rencontre une membre de notre communauté présente sur la Promenade des Anglais en famille lors des attentats de Nice.
J’ai moi-même vécu la période de deuil après les attentats très difficilement car j’ai vraiment vécu du matin au soir au rythme des attaques et des prises de paroles pendant plusieurs mois (interventions diverses, participation à des rencontres, des marches blanches, des cérémonies d’hommage aux victimes). Nous avons toutefois reçu énormément de témoignages d’amitié et de soutien des irlandais.

Laurence Helaili-Chapuis, lors d’un discours devant la Garda après les attentats.

J’ai aussi parlé au président à la question de l’avortement (comme je l’avais fait aussi avec Leo Varadkar), qui, en étant illégal en Irlande, rendait les grossesses compliquées anormalement dangereuses pour les femmes.
Je me souviens notamment d’une jeune-fille, de l’âge de mon fils ainé, qui a eu une grossesse extra-utérine et d’une femme qui faisait de nombreuses fausses couches et craignait d’être accusée de provoquer ces fausses couches et d’être incarcérée. 

J’ai aussi très mal vécu le féminicide d’Anne Colomines, une française de Dublin. Les violences conjugales tuent plus que les gangs en Irlande.
La France, comme l’Irlande, mène une grande réflexion pour faire cesser ces drames.

En 2014, j’ai rencontré des français qui travaillaient dans une boulangerie/pâtisserie française en faillite, dont le propriétaire avait pris la fuite à l’étranger. Les salariés ne percevaient plus leurs salaires, mais continuaient néanmoins à travailler. Certains ne pouvaient plus payer leurs loyers et dormaient dans la boulangerie. J’ai même organisé, grâce à une française qui s’est beaucoup impliquée avec moi sur ce dossier, un spectacle d’humoristes dans cette boulangerie. L’ensemble de cette histoire rocambolesque avait fait d’ailleurs l’objet d’un mail que j’avais envoyé sur la liste consulaire.

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En juillet 2019, alors que j’étais à la Garden Party du 14 juillet à la Résidence de France, un jeune français est venu m’aborder. C’était celui qui était le boulanger de la boulangerie française en faillite. Il avait fait du chemin !
Après avoir passé quelques temps en France, il est revenu en Irlande et … il m’a appris que c’était lui qui avait confectionné le pain servi lors de cette réception ! » 

Le quotidien des français en Irlande est une de vos grandes priorités. Quels moyens sont mis en place pour le faciliter ?

Laurence Helaili-Chapuis: « La première des préoccupations de nombreux français est le logement. Se loger devient très difficile dans les grandes villes. L’achat semble une bonne solution pour beaucoup de familles françaises, quand elles peuvent se le permettre. Les jeunes, eux, vivent souvent en colocation, avec tous les problèmes qui peuvent en découler. Je ne compte plus les fois où je suis allée arbitrer des conflits entre colocataires ou entre locataires et propriétaires. C’est pourquoi j’ai crée des partenariats avec des agences de location et de colocation vers lesquelles j’oriente les français en situation difficile. 
Je passe aussi beaucoup de temps à expliquer la législation irlandaise relative au logement: hausse des loyers, zones de pressions, conditions de bail etc … J’essaie de mettre en relation ceux qui louent et ceux qui recherchent un logement, ceux qui vendent et ceux qui cherchent à acheter. J’organise aussi régulièrement des rencontres entre propriétaires et personnes qui souhaitent acquérir un bien en Irlande. Je crois beaucoup au partage d’expérience.
Et puis, bien avant cela, je ne cesse de mettre en garde avant leur arrivée les nouveaux arrivants des difficultés liées au logement (arnaques, manque de logements, prix …).

L’autre principale préoccupation des français est l’emploi. Là encore, je me rends régulièrement au sein des entreprises et espaces de co-working qui hébergent des start-up françaises. Cela me permet de répondre aux différentes préoccupations des français sur leur lieu de travail. Je dispose d’un large réseau d’entrepreneurs français vers lesquels j’oriente ceux qui en ont besoin et j’ai également de nombreux contacts dans les cabinets de recrutement.
Quand le Consulat n’a (malgré leurs efforts) plus été en mesure de répondre au téléphone aux appels des français, j’ai immédiatement interpellé sur ce sujet notre député. J’ai aussi mis à disposition mon numéro de téléphone personnel pour que tous puissent avoir une réponse humaine et rapide à leurs questions.

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Les français, inscrits sur les listes consulaires en Irlande, ont reçu par mail une enquête d’évaluation du fonctionnement de votre consulat de la part de la directrice de la Direction des français de l’étranger dans le but d’optimiser le fonctionnement des services consulaires.
Une question porte notamment sur les horaires d’ouverture des consulats. Cela fait plusieurs années qu’avec d’autres conseillers consulaires en Europe, je demande d’adapter plus judicieusement les horaires d’ouverture des services consulaires afin qu’une ouverture plus tardive un jour de la semaine permette à la plupart d’entre vous, qui ont des difficultés à se présenter au consulat durant les heures de travail, d’effectuer des formalités administratives (telles que celles qui concernent l’état civil, par exemple, ou l’établissement de procuration).

Lors de la dernière session AFE, l’ouverture d’une plateforme téléphonique accessible 24h sur 24h afin de répondre aux questions des français de l’étranger a été annoncée. »

Quel bilan tirez-vous de ces années si intensives ?

Laurence Helaili-Chapuis: « Qu’à chaque fois que j’ai pris des vacances, elles étaient méritées ! Le problème quand vous êtes conseillère consulaire, c’est que vous devez faire des miracles, avoir des moyens mis à disposition.
De plus, vous avez souvent une activité professionnelle à côté et les réunions se tiennent souvent à des heures de bureau. C’est pour ces raisons que certains conseillers se découragent et deviennent inactifs et inaudibles. C’est pour cela aussi que le soutien des Français et de ma famille m’est indispensable.
Il y a un gros travail à faire pour que les conseillers consulaires puissent travailler dans de meilleures conditions »

Laurence Helaili-Chapuis à Cork, avec Dara Murphy, à l’époque Ministre Irlandais des
Affaires Européennes.

Quelles sont vos perspectives pour cette nouvelle année 2020 ? 

Laurence Helaili-Chapuis: « La première chose que je veux faire en 2020, c’est de concerter les Français. Je veux être sûre qu’ils soutiennent la direction que je prends, puisque je les représente. C’est pourquoi je vais intensifier mes déplacements dans toute l’Irlande et que j’ai mis en place un sondage en ligne. C’est aussi l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes, désireuses de s’engager pour les français en Irlande.
Je pense aussi qu’il y a encore plus d’actions à mener que celles que j’avais identifié il y a 6 ans ! Beaucoup de projets mériteraient que je leur consacre encore quelques mois, voire même quelques années.
Par exemple, j’ai besoin encore d’une petite année pour mettre sur pieds – avec les différents acteurs du projet – le projet d’école de Cork. Des personnes comptent sur moi sur bien des sujets et puis, de nouveaux projets m’arrivent toutes les semaines et c’est tant mieux !
Cela démontre que notre communauté est dynamique. »

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